Thriller Contemporain

Le beau mystère de Louise Penny

Louise Penny, Le beau mystère, Les enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache 8, Actes Sud

Canadienne, ancienne journaliste, Louise Penny s’est fait connaître dans le monde entier grâce à sa série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache, dont elle a publiée 12 volumes à ce jour.

L’histoire :

Au cœur d’une forêt sauvage du Québec, à l’écart de la civilisation, vit une communauté religieuse que l’on croyait depuis longtemps disparue : les Gilbertins.

Ironiquement, la communauté, qui a fait vœu de silence, est devenue mondialement célèbre en produisant, quelques mois auparavant, un disque de chants grégoriens.

Ce succès inattendu a bouleversé le quotidien des moines qui ont dû soudain faire face à l’afflux des touristes et des journalistes. Mais, à l’exception des membres de la congrégation, aucun autre être vivant n’a été admis dans l’enceinte de l’abbaye. Du moins jusqu’à ce que l’inspecteur-chef Gamache et son adjoint Beauvoir se présentent un après-midi devant le portail de l’imposante bâtisse.

Leur billet d’entrée : un mort. Et pas n’importe lequel : l’homme retrouvé dans un jardin du monastère, le crâne fracassé, n’est autre que le chef de chœur et principal artisan du succès discographique des Gilbertins.

Lors de l’autopsie, une feuille tombe de sa robe. Un étrange chant grégorien y est inscrit. La victime aurait-elle donné sa vie pour protéger ce document ?

Une chose est sûre : un homme de Dieu a bravé le sixième commandement. Reste à trouver lequel…

Avec ce huis clos monacal aux accents du Nom de la rose, Louise Penny signe un mystery captivant et mystique, à la bande-son divine.

Mon avis :

Attirée par la couverture et le résumé de ce livre, j’ai découvert avec bonheur, et dégusté de la 1ère à la dernière lettre, le talent monstre de l’auteur. Sitôt ma lecture finie, je me suis ruée dans ma librairie adorée pour lui commander les tomes précédents.

Mon seul regret en refermant ce livre était de ne pas pouvoir moi aussi ressentir ce beau mystère, cet émerveillement des personnages entendant le chœur chanter.

En effet, je n’ai pas été perdue de découvrir directement le 8ème tome, car l’auteur m’a donné suffisamment d’éléments sur le passé des personnages principaux pour que je m’y retrouve facilement.

Armand Gamache est l’inspecteur-chef responsable des homicides à la Sûreté du Québec. Mentor de son adjoint, Jean-Guy Beauvoir, il fait semblant d’ignorer que ce dernier fréquente sa fille. Il a une solide carrière derrière lui, et des ennemis en nombre, suite à une affaire de corruption policière qui a laissé des traces dans l’opinion publique. Policier à l’ancienne, il est très intelligent, observateur comme pas deux, et rusé comme un renard. Il comprend les événements souvent bien avant son adjoint.

Ce dernier est encore marqué par ses blessures, tant physiques que psychologiques, lors d’une ancienne affaire. Fragile, il éprouve des sentiments ambigus vis-à-vis de son mentor suite à cette arrestation très mouvementée.

Ces deux policiers ont une attitude très différente face à la religion, ce qui impacte leurs réactions sur les événements et les personnages qui ont choisi cette vie ascétique, cloîtrée, silencieuse. Beauvoir est plutôt hermétique, alors que son patron se laisse volontiers envoûté par les chants et l’atmosphère paisible du lieu.

L’Abbaye est un lieu sombre, mystérieux, rempli de secrets et de non-dits. Seuls 24 moines y vivent en quasi-totale autarcie. Ils ont été choisis au sein des autres communautés religieuses en fonction de leurs voix, pour compléter ou renforcer celles des autres, mais aussi en fonction de leur talent de jardinier, d’éleveur ou de cuisinier… Entre eux, la communication ne passe plus par la parole, mais par un simple geste, un mouvement de sourcil, un regard …

Deux ans auparavant, afin de pouvoir financer des travaux de réfection, ils ont enregistré pour leurs familles un disque de chants grégoriens datant du Moyen-Âge. Ce disque, pour une raison inconnue, avait une touche magique, le beau mystère, qui rendait les chants plus beaux, plus émouvants.

Son succès a malheureusement divisé les membres de la congrégation entre les hommes de l’Abbé, et les hommes du frère Mathieu, le défunt chef de chœur, qui voulaient enregistrer un autre disque et rompre leur vœu de silence.

Dans le livre, l’intrigue n’est pas compliquée de prime abord. Seul un autre moine a pu tuer le chef de chœur, mas pourquoi ? Quels ont été ses motifs, la raison de son passage à l’acte ?

En revanche, l’auteur tire parti des moindres méandres de l’âme humaine, des failles, pour enrichir son récit, nous envoyer sur des fausses-pistes, bouleverser notre vision d’un personnage.

L’aspect psychologique de l’intrigue est fantastique, aussi bien dans la description de la personnalité propre et distincte de chaque moine, que dans la relation des policiers, qui est soumise à rude épreuve à cause des événements des tomes précédents. On voit les conséquences des doutes, des peurs, des jalousies ou de la colère inexprimée.

Le ton du récit est d’autant plus sombre qu’on s’attendait à une atmosphère paisible, pleine de foi et d’amour. Le style de l’auteur, lui, est doux, fluide, subtil avec quelques touches pleine d’humour.

Bien qu’adorant la musique plus contemporaine, que j’écoute énormément, j’ai également adoré découvrir l’évolution du chant grégorien à partir des premières notations sous forme de neumes, cet alphabet qui a permis la transmission des chants au fil des siècles. Les descriptions des séquences de plain-chant sont si réussies que je me suis surprise lors d’une scène à être jalouse du personnage qui entendait cette musique. Incroyable, non ?

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