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Imprudence de Gail Carriger

Gail Carriger, Imprudence, Le protocole de la crème anglaise 2, Le livre de poche

Américaine, archéologue, Gail Carriger apprécie particulièrement de faire évoluer ses personnages dans l’époque victorienne. Elle est connue en France pour ses séries steampunk se déroulant dans le même univers. Après Le pensionnat de Mlle Géraldine, elle raconte l’histoire d’Alexia dans Le Protectorat de L’Ombrelle avant celle de sa fille Rue dans Le protocole de la crème anglaise.

L’histoire :

Rue et l’équipage du dirigeable La Coccinelle à la crème sont de retour d’Inde avec des révélations propres à secouer les fondements de la communauté scientifique britannique.

La Reine Victoria a de quoi être agacée : les vampires sont à fleur de peau, et quelque chose ne va pas du côté de la meute de loups-garous locale. Pour couronner le tout, la meilleure amie de Rue, Primrose, persiste à se fiancer à un militaire peu recommandable.

Mais Rue a également des problèmes personnels. Son père vampire est en colère, son père loup-garou est fou, et sa tapageuse mère est tout à la fois. Mais, le pire, c’est que Rue commence à comprendre ce qui se passe vraiment… Ils ont peur.

Mon avis :

Ce tome est bien plus réussi que le premier. La longue introduction des changements et des personnages est quasi finie donc on rentre directement dans l’action sur un rythme endiablé.

Dans ce tome, l’auteur développe d’autres aspects de son héroïne, lui donne de l’ampleur, du caractère.

On se rend mieux compte de l’organisation familiale des parents du Rue, de la répartition des taches sur son éducation, de ce que chacun lui a apporté. Par exemple, on sait que de part sa nature de sans-âme, Alexia est une femme froide et distante, mais c’est aussi une épouse dévouée et inquiète, une mère très aimante et protectrice, ce qu’elle ne montre pas toujours. On assiste à des moments touchants, émouvants, ou parfois à mourir de rire, comme une scène entre Rue et sa mère dont je ne parlerai pas plus pour vous en réserver la surprise.

Rue se remet en cause, elle s’aperçoit qu’elle a été délibérément aveugle sur certains éléments du passé ou de la vie de ses parents, alors que cela expliquerait bien des choses sur les événements qui se déroulent dans le présent, ou la nature de leurs multiples ennemis. Cela fait un peu bizarre d’en savoir plus qu’elle, même à la fin.

Le passage de relais entre les générations est évident. Se retrouver sans aucune protection, légale ou parentale, va la faire mûrir d’un coup. Après tout, elle ne doit sa survie qu’à l’accord passé entre les différentes espèces surnaturelles qui vivaient à Londres à l’époque, ce qu’elle avait sous-estimé.

On s’aperçoit aussi que Rue n’est pas dupe de la société dans lequel elle vit. Elle est consciente d’être considérée comme un monstre, d’être plus un objet de curiosité à observer qu’une personne à connaître ou aimer.

Au fur et à mesure du récit, Rue va être soumise à rude épreuve et devenir plus autonome. A cause du marché conclu avec les Vanaras et les Rakhasas, La Reine lui a retiré sa protection et son statut, ce qui l’expose aux nombreux ennemis des métanaturelles et l’oblige à quitter Londres. De plus, ses parents sont obligés de partir s’installer définitivement en Egypte pour « soigner » Lord Maccon et la Meute la renie, …. Bref, son monde explose, sa vie est complètement bouleversée.

Accompagnée de sa fidèle troupe, elle va donc devoir mener une triple mission lors de son voyage : secourir ses parents qu’elle pensait invincibles et invulnérables, échapper à des poursuivants prêts à tout, et prévenir la meute de Tasherit que leur existence a été découverte à cause de Percy.

Les relations entre les personnages évoluent, changent au fur et à mesure des événements qui ponctuent ce récit. Ils assument leurs actes et leurs décisions. Plus confiant en leurs capacités, ils gagnent en maturité. De plus en plus soudés, ils s’ouvrent au monde qui les entoure, et à leur entourage.

La relation entre Rue et Quesnel s’approfondit petit à petit, non sans remous. Rue nous y dévoile à la fois une facette assez fragile d’elle-même et des talents de manipulatrice indéniables et hilarants. Quesnel y est plus complexe, plus humain, moins arrogant. En revanche, Primrose, elle, se cache toujours la tête dans le sable sur ses propres sentiments envers Tasherit.

Le style de l’auteur est léger, fluide et haletant. Visuel, aussi, on imagine très bien les pays traversés par Rue en même temps qu’elle, ou le monde des Dériveurs.

Le récit se passe sans temps mort, on veut toujours en savoir plus sur ce qui va encore leur arriver. Il se focalise surtout sur le monde des garous, quel qu’ils soient. C’est rempli d’humour, d’action, de rebondissements, et de révélations, même si de très, voir trop, nombreuses questions restent sans réponse pour l’instant.

On peut aussi admirer le travail de l’auteur sur la cohérence de l’ensemble de l’univers, un élément d’une série précédente peut trouver sa réponse, et son importance, dans cette série.

Compte tenu des ruptures, parfois douloureuses, avec le passé qui se produisent dans le tome, on ne peut s’empêcher de se demander si on va revoir une partie des personnages qu’on aime, vu ce qui leur arrive, ou savoir au moins ce qu’ils deviennent.

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